24.01.2007 | Châtelaillon Plage Claude Chatron-Colliet© 2007
Mon filin d'horizon où je tend à l'équilibre, là où le ciel et la mer s'épousent.
Lettre à Sylvie
Très chère Sylvie,
Je viens de passer vous saluer, vous me manquiez déjà, lorsque tout à coup, je me suis aperçue que j’avais oublié une chose essentielle, vous parler de l’Océan.
J’eusse aimé vous conter les rivages captifs tranchés par les rochers, étoffés de pins parasols enchantés par les cigales de ma Méditerranée. Ce collier somptueux de perles éblouissantes qui au soleil empourpré, brode élégamment ces rives de la Baie*, et ces cailloux ronds, doux, chauds sur lesquels on se pose avant de se laisser glisser, engloutis, abandonnés pleinement à l’eau claire et limpide. Oui, tel est ce miroir liquide, diapré de bleus azurés où les coraux apparaissent loin des algues chevelues, où les circonvolutions des bancs de poissons chamarrés, captivent les yeux par tant de volupté. Ainsi, je ne vous parlerai pas de ce ciel cérulé qui se fond et se confond, se mêle et s’entremêle, s’agrège et désagrège aux confins de l’horizon où je noie mon regard pour tenter de voir cet infini dont je suis toujours en quête.
Accablée par le chagrin, je n’avais cet hiver plus de goût à rien. Je traînais de-ci, de-là alentour de la maison. Pourtant tout allait bien. Mon émergeante mémoire, ne me laissait pas tranquille, et je suffoquais dans le silence, je me noyais, je perdais pieds, immergée dans l’eau glacée de mes pensées. Je me déchiquetais moi-même tant le souvenir de la douleur semblait omniprésent et la nécessité de la transcender devenait pressante, impérieuse, absolue.
Comme par enchantement, muée par je ne sais quel sorte d’appel, je me retrouvais au bord de la plage pour mirer l’Océan. Il faisait froid. L’air glacial de ce mois de janvier me fouettait le visage. Je n’avais jamais vu la marée. Au loin, la brume froide et humide, auréolait les contours des maisons. J’étais seule. Personne sur trois kilomètres de sable fin. Le vent gémissait furieusement. Je n’avais pas prévu d’être là, et pourtant je m’y trouvais happée par je ne sais quel chant. L’océan parfumé d’iode roulait son arôme salé sur le fond vermiculé de sable blanc et doré. Habillée de façon citadine, il me fallut quelques instants d’hésitation avant de rejoindre pieds nus le sable fin. Je frémis à l’impact de l’écume brassée par le va et vient de la masse liquide sans cesse renouvelée. Les pieds qui s’enfoncent dans le sable fin, les vagues brassées qui viennent les enlacer. Il s’ensuivit une délicieuse partie de cache-cache avec les flots glacés entre les coquillages nacrés, les conques irisées, les pierres érodées multicolores déposées en joyaux sur ce tapis de sable échevelé d’algues, juste pour moi. Au loin, un albatros et quelques goémons se disputaient un poisson, la solitude ne me pesait plus, l’air m’enivrait, il me soulageait, il claquait dans le vent le pavillon du baigneur ajustant ce cliquetis métallique qu’on entend sur les ports et qui fait méditer aux merveilleux voyages d’or, d’épices et d’encens…L’océan laiteux dans le ciel gris, se fond et se confond jusqu’au tréfonds de mon âme pour y trouver l’apaisement.
Tous les matins de cet hiver, jusqu’au mois d’avril, j’étais seule sur la plage.
Le 29, je décidais d’envoyer mon livre, comme on envoie une bouteille à la mer, un peu pour exister et beaucoup pour renaître.
Texte déposé
Claude Chatron-Colliet © 2006
10:25 Publié dans Océan Atlantique | Lien permanent | Commentaires (0)

