24.01.2007 | Voeux
Noël est passé, la terre est gelée jusqu’à son hypogée, les cristaux de dentelles de givre scintillent et figent les rameaux, les toiles argentées des épeires, hérissent de blanc poudré les aiguilles de mes sylves.
Il n’y a pas eu la neige que j’espérais, recouvrant de son grand manteau blanc l’étendue des champs jusqu’avant l’horizon dessinant en courbes douces l’harmonie du paysage, sculptant la silhouette des arbres solitaires au milieu du néant.
Mes yeux parcourent le jardin que j’aime tant, le gel souligne d’un khôl blanc le contour des feuilles encore persistantes.
Mon olivier a refermé ses branches pour lutter contre le froid, ma pelouse se glace et se casse comme du cristal de verre sous la nuit étoilée.
Le matin, la brume tisse un voile gelé, et nimbe les contours d’une atmosphère irréelle, où je me glisse telle une ombre pour observer les gouttelettes suspendues à la lisière des pétales de roses où émergent encore sans feuillages saisies et pétrifiées comme moi par le froid qu’elles n’attendaient pas.
Les feuillages s’emperlent, mes lavandes argentées exhalent par compression des feuilles le parfum de l’été encore contenu dans les tiges.
Je m’enivre de leur fragrance comme d’une espérance.
Il me tarde le printemps.
Lorsque les graines plumeuses des pissenlits volent au vent, messagères du bonheur distribuant la semence au sol qui la quémande comme une obole, à la brume qui se détisse et se dévoile à la caresse du soleil, transformant l’ombre en lumières, le souvenir en éphémère de colliers de perles de rosée dardées par les éclisses des rayons de Phébus.
Lorsque les écailles des pommes de pins s’offrent à la douce chaleur qui par le sol remonte, que les nénuphars se colorent et se donnent aux Élytres, aux papillons multicolores qui se régalent de butiner les fleurs qu’amoureusement j’ai plantées.
Bientôt, je marcherai pieds nus dans le jardin, l’herbe se courbera sous mes pas, portée par le vent, j’écouterai le frémissement des feuillages aériens, je poserai ma main sur la texture filaire de mes aréquiers qui s’élèvent au ciel de leurs divines pousses offertes en tapis de joie à un homme crucifié, je monterai sur la colline de mon olivier, celui de mes deux pères, j’écouterai son cœur à nouveau palpiter, je boirai dans le calice l’eau de pluie recueillie par les fleurs. Le miel de la vie sera versé dans mon sang, et je m’endormirai bercée par le vent.
Mon rêve m’emmènera sur la plage regarder l’océan, près des chalets de pêcheurs où la mer inspire et expire, se brode de mousse, où elle crache, attache, détache, aspire mon âme au fond de l’eau, elle ronge, plonge, délite et dissous, se nappe de reflets parfois cérulés jusqu’au trouble le plus profond. Je fermerai les yeux à guetter le soleil, par delà l’horizon, à chercher la douceur de sa caresse sur ma joue, j’attendrai en parcourrant la plage m’émerveiller des plus beaux joyaux déposés sur le sable, les cailloux multicolores et chamarrés, les coquillages plus merveilleux et les plus délicats que ceux nés de l’ouvrage de l’homme, les délicieuses ondes de mer qui frôlent et qui grignotent le bord séché et salé du rivage, les algues chevellues, les fonds vermiculés, tout cela me donnera la joie de sentir la vie en moi, la force de vous la transmettre, de ressentir et de regarder chaque instant comme un cadeau merveilleux, de chanter l’amour et la fraternité.
Cet instant là, où le printemps parcourant le ciel d’hiver d’un bord à l’autre de l’horizon, où le ciel de mer s’unit à l’air du ciel, là où je trouve l’équilibre sur le filin de vie, il ne sera qu’à moi, et je vous l’offrirai.
Claude Chatron-Colliet©2007
Texte déposé
21:05 Publié dans Agapé , Beau , Mon Jardin | Lien permanent | Commentaires (2)


Commentaires
Chanson de mots tricotée d'adjectifs exquis qui en font une mélodie particulière chatouillant l'âme. Prenons, comme toi, le temps de regarder, de contempler cette nature qui nous offre jour après jour, un spectacle magnifique, imprévisible, magique...
Marie
Ecrit par : marie | 25.01.2007
Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais pratiquement sûre que tu mettrais ta patte ici. Je te serre trés fort dans mes bras Marie, avec une tendresse infinie.
Ecrit par : Claude | 25.01.2007