21 février

29.08.2007 | 21 février

Mon bel Ange, vois tu ce matin, cette aigrette blanche au plumage de lys nimbé de soie, là bas, au rebord du bassin, qui, sur ces pattes agiles et lestes, se déplace, se meut nonchalamment dans la brise du petit matin.
Souffle en arrêt, les yeux pâles et défaits et s’essouffle et exalte un dernier sourire puis s’envole à jamais dans un frôlement d’ailes comme un ange vers l’éternité.

Moi, ce matin, j’ai drapé ma robe blanche et j’ai fermé les yeux pour avancer pieds nus sur l’orbe des cailloux blancs, dans le lit glacé de la Vaïre et remonter le sentier où se courbe l’herbe nouvelle sous le souffle du vent.

Dans mes mains je n’avais rien, pas même un bouquet de roses comme il convient.

En chemin, trois brins de romarin quelques tiges de thym que l’hiver finissant reverdit au printemps. Entre les pierres de grès recouvertes de mousses et de lichens arborescents aux couleurs argentées, trois petits coquelicots parsemés sur le sol aride, pareilles à des éphélides rouge vif portant encore à croire que même lorsque Tout est infertile la graine semée par le vent peut encore germer messagère de floraisons et de printemps nouveaux.

J’ai arpenté la courbe des virages jusqu’à l'apic du nid d’aigle, jusqu’aux premières maisons.
Puis, j’ai suivi le sentier jusqu’aux escaliers qui érigent en leur sommet le monument aux morts. J’étais là, sur la place derrière l’église, à contempler les trois marches de ma maison, là, où tu sais je préparais mes gâteaux de terre, avec des herbes amères, des bonbons de sucre aux cristaux de sel. Le cœur serré, j’ai regardé le vide laissé par la chaise invisible de pépé. Mes pieds nus dans le froid.
J’ai remonté la rue par delà en passant devant la terrasse de treillage de Blanche en regardant le sol défiler sous mes pieds comme le temps qui passe et qui nous change à jamais. Puis j’ai obliqué vers la droite. Un dernier carré vert entre la route goudronnée, où quelques pâquerettes, en tiges de soleil aux paillettes blanches ondulent gracieusement avant l’allée de graviers où s’élève le mur frontière des morts et des vivants. Je pousse la porte en fer forgé, sous mon tilleul, là où les abeilles l’été susurrent un doux bourdonnement.

Je suis passée ce matin t’apporter quelques tiges de thym, trois brins de romarin, et trois coquelicots, une couronne de pâquerettes. Pour te dire que je ne t’oublie pas.

Lorsque j’ai ouvert les yeux mon bel Ange, ton regard a croisé le mien pour observer cette belle aigrette au plumage de lys nimbée de soie prendre son envol, près du bassin. Elle nous a regardé nous adressant comme un signe avant de s'envoler.

Mes pieds étaient en sang, mais nos cœurs altiers.


Claude Chatron-Colliet©2007

Vaïre : Nom d’une rivière qui se situe dans les Alpes de Haute Provence
Cf. mon roman La Garon.

15:55 Publié dans Mon Jardin | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

BONJOUR Claude
jE SUIS TON LECTEUR ET TU LE SAIS.Je suis à l'affût de toutes tes nouveautés.
Ta poésie est d'une grande qualité.Et je dois t'avouer que tu es que tu possèdes un style qui exolose dans ma têtes à chacun de tes mots pour reforcer l'admiration que j'ai pour tes ouvres...

Mohamed

Ecrit par : Mohamed El jerroudieohamed E | 21.02.2007

Poésie sur l'amour très romantique et en plus très bien écrite avec des images. En plus belle idée de mettre une photo de la paquerette qui est une des fleurs qui pourrait symboliser l'amour timide. C'est celle que l'on cueuille et où l'on enlève les pétales avec le célèbre "il m'aime, un peu, beaucoup..." Bonne soirée

Ecrit par : Mog | 21.02.2007

Cette poésie est très belle,tout comme ton livre que je viens de finir.j'ai beaucoup aimé,je me suis vue dans ton décor,j'ai imaginé la grotte,j'ai senti tous les parfums du sud ,les souffrances et les horreurs de certains passages du livre,cette région ou je ne suis jamais allée,et que j'aime, j'aime la lavande ,la nature j'ai besoin de ça pour m'aider à vivre,des petits bonheurs simples....et je comprends les souffrances de ton enfance ,et si la vie t'a apporté du bonheur auprès de celui que tu aimes et tes enfants , qui je suppose n'ont pas manqué d'amour.bonne soirée .bien amicalement.

Ecrit par : rima | 14.03.2007

de tout coeur avec toi.
pleins de bisous.
nanou

Ecrit par : nanou | 17.03.2007