L'ombre de ses rêves

31.08.2007 | L'ombre de ses rêves

Elle est là parfois tangible et immobile
Plate comme un miroir alangui que la terre caresse jalousement.
Sa divine parure miroir du désir scintille, elle se mordore parfois d’un cérulé mauve irisé d’émeraude qui brode son jupon d’ondes aguichantes.
La divine de l’océan s’étire paresseusement au pied des cartelets.
Angélique elle danse sous les cieux changeants. Câline, attache et détache le bord des écueils ourlés d’écume qu’elle sculpte de ses caresses, en dentelles de pierres figées entre deux eaux.

Il y a de ces morceaux de mer dans les perles d’eau et de lumière qui jaillissent de la grève en embruns salés. J’aime à venir me ressourcer lorsque mes cieux se voilent de mélancolie.
Je la vois qui avance et grignote le bord séché du rivage qui se mourait d’amour à attendre ses caresses languissantes, car l’amour donne faim d’eau et de sel. Sa nappe ridée d’ondes s’irise et ondule, frôle le rivage, puis se retire dans un rire pour mieux encore séduire la lèvre de la terre, bordée de rocs rugueux, plantés comme des vaisseaux immobiles au milieu de l’immensité marine.

Les chevaux du ciel éphémères et cruels ont abandonné à ses pieds des bouquets de roses blanches fanées qu’elle dépose sur le rivage comme un linceul transparent de pétales humides. La douceur parfumée et iodée du bord où se pose un fond vermiculé tapissé d’or et de sable blond, fait place à une houle, un silence qui vibre jusqu’à la dérive.

Je suis à la lisière qui borde l’infini, le bout du monde des évidences, et chaque mot qui sort de ma plume calligraphie cet océan qui oscille comme une femme qui gémit et qui pleure, respire, inspire et soupire dans les flots qui se roulent que de fringants conquérants aux filets d’attrape rêves pensaient capturer comme un papillon blanc.

La Mer gronde, son flot glacé devient sombre, se brode d’argent et d’écume qui fume alors que mes yeux capturent.l’ajonc qui se plie, se pique et se mouchette de larmes salées.
Aux caprices de la mer, de la brume et des nuages qui filent dans le ciel comme s’ils avaient des ailes, le vent fouette de son Aquilon l’ensemble minéral où je pose mon pied, que j’enfonce avec rage dans le sable gluant, alors qu’elle crache, attache, étire, de rage, sa cage, son ressentiment.

Elle ressemble à une femme trahie, à qui on arrache le cœur, qui jette les feux de Neptune sur l’ombre de ses rêves, elle ronge plonge se délite de colère fonde des murailles, lance des langues de feu forgées dans la colère qui giclent et claquent, frappent et tapent, les taches, les rides, les stries de ses étirements. Elle construit des remparts pour que rien ne la blesse, roule des courbes autour d’un point central, et les déroule en violence fractale. Dans le fracas, elle comble les fissures, liquéfie le sable, constelle des réseaux d’étoiles, devient un ruban de métal. Aucun Dieu ne la fera plus plier.
Elle est la matière de tout ce qui vit. Et sa vie n’appartient qu’à elle. Elle déferle gigantesque Montagne, vomit sa bile, et perfore de sa haine, sème l’effroi comme un vent noir sortit des gouffres de la nuit, se referme sur Pharaon qu’elle engloutit, agite des tourbillons en spirale suivant le flux ou le jusant.

L’ombre des tombeaux s’échappe, la vie se fige dans le froid, son corps se glace dans un feu brûlant.
La mer a Mal .
Elle sombre dans la désespérance, dans l’hypogée de l’ombre où se calque son âme de cristal cette douceur translucide et diaphane, limpide et cristalline, vaporeuse et gracile que l’autre lui ravit. Elle ne dormira pas tant qu’elle ne lui aura pas soustrait, l’ombre de ses rêves.

Je marche le long de la berge sans me retourner, j’ai peur de capturer mon ombre.

L'Eau Vive

à suivre

Claude.Chatron-Colliet© 2007

14:00 Publié dans Beau | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Tant aimée et si cruelle, parfois !
Bon W-End !

Ecrit par : patriarch | 23.06.2007

je viens près de toi pour contempler l'océan.
j'aime beaucoup la ressemblance avec la femme trahie.
carressante puis déchainée.
je t'embrasse.

Ecrit par : mamie de sarlat | 26.06.2007

Patriarch :
Nous sommes dans un monde cruel Patriarch, on ne peut pas domestiquer les éléments naturels et j'espère qu'on ne le pourra jamais. L'eau, la terre, l'air et le feu, des énergies en puissance qui s'équilibrent ou qui tentent de le faire. Des systèmes complexes dont la survie, notre survie dépend. Merci à toi.

Ecrit par : claude | 27.06.2007

Mamie: Oui mais ce n'est que la première partie du texte, je fais le cycle de l'eau et de ce fait la deuxième partie revient à l'apaisement. Je la mettrai à la rentrée car maintenant il faut vraiment que je fasse la pause, je vais bientôt entrer à Limoges. Mon blog principal est arreté et celui ci aussi. Je reprendrais en septembre maintenant. On s'appelle. Bisous petite mère d'adoption.

Ecrit par : claude | 27.06.2007

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