Indifférence au Mal

01.10.2007 | Indifférence au Mal

L’indifférence au mal

Pâles fantômes
Qui sévissent dans l’ombre,
Comme des automates surgissent
Du sombre,
Pour révéler nos nuits sur ce que vraiment nous sommes
Égarés de folie à se cacher ce « Mal »,
Mieux le fuir pour qu’on l’indiffère,
Par crainte d’en inspirer l’enfer,
Et garder cette odeur,
Qui donne des hauts le cœur,
En entendant les mots… « Malheur et Peur ».

Clore toutes les interstices,
Aller vers de meilleurs auspices,
Murer toutes les bouches et obscurcir le verbe,
Se dispenser du geste
Au délit de faciès,
Le langage des yeux en attente se meut en un rapide regard frileux,
Tisse un voile sur l’œil de la paupière,
Condamne la parole, en devient la geôle,
Là où il manque un sourire
Empêcher de fleurir les couleurs d’un arc en ciel

A ceux là, je ne dis pas main sur le cœur.

Même dans le puits dévorés par la peur,
Rongés par la fureur du démon qui sévit,
Bien au chaud sous la couette les âmes endormies,
Reposent sereinement du signe sur leur porte (1)

Alors,

Je danse, un pied sur l’autre,
Mes muscles sont raidis,
Mes nuits sont de cris
Des tombeaux d’enfants
Qui de leur linceuls, berceaux ensevelis,
N’ont vu que des ciels Bleus, chargés de suc vermeil.
Ruisseler sur leur peau, ou celle de leurs amis,
Comme des torrents joyeux, aux pourpres cramoisis.
Rougir d’un flot salé l’infortuné océan,
Calice béant d’une spirale de sang.

Je danse, un pied sur l’autre.

Les mains sous les aisselles,
Pour retenir ma rage, car mes nuits sont d’éveil,
Du froid qui bleuit le bout de mes doigts,
De leur chair qui se clive, éclate à l’heure du glas,
Dans le corps affaibli et torturé de faim,
Je songe à celui qui devient « Roi »,
Nourri de crottes de souris et peut être d’un chat,
Rassasié d’un crouton de pain que le moisi dévore
Et qui étanche sa soif d’une larme d’eau fétide et pestilentielle,
En regardant le ciel, tout en gardant sa foi.

Je danse, un pied sur l’autre.

Mon front fiévreux suinte
Dans la complainte du vent,
Se distille du poison noir,
Se caléfie d’horreur,
En regard de ce qui nourrit les corneilles
Sur les champs de toutes les batailles,
La moisson de blé jonchée de cadavres sanglants décharnés, pourris et parfois sans les doigts,
Les nuits de Cristal, les solutions finales
L’industrialisation de la substance humaine (2)
Les exterminations à la chaîne,
Les génocides, les fratricides.
De ceux qui ont les mêmes racines.
Et qui regardent la beauté du ciel
Du bas vers le haut des cimes
En exultant toutes les peines
Par la vengeance et par la haine
Il n’y a pas d’armée du ciel
Il y a juste un choix

Je danse, un pied sur l’autre.

Et mon pied frappe le sol
Un refrain dans mes mots aux langages de l’âme
Une mélodie qui fait vibrer vos cœurs
Un rythme qui balance entre raison et sagesse,
Mais aussi, la cadence de celui qui mène au combat
Occident (3) qui meurt hypnotisé par son désir(4)
A s’approprier son illusoire existence ,
Impermanente et futile
Aussi bien qu’éphémère,
Sans l’autre, sans règle, ni loi, ni foi,
Demain n’existe pas
En désespoir de cause,
Le silence de mes mots
Dépositaires de mémoire,
J’écoute avec mon souffle,
Le vide,
Devant ma page blanche
L’exil,
De l’inhumain qui fait l’humain,
Le lien,
Du visible à l’invisible,
Cachée sous le voile du corps
De l’inconscience à la conscience,
Des profondeurs obscures le l’Être
En acte par le calame (5) que rédige ma plume,
J’exalte l’éclatante lumière
Et je danse
Je danse dans mon Barzakh (6)
Pour ne pas mourir glacée d’effroi



Claude Chatron-Colliet © 2007


(1) Référence Biblique les 7 plaies de l’Égypte
(2) Cette industrialisation a commencé durant la deuxième guerre mondiale, elle pourrait être à son apothéose dans notre futur.
(3) L’âme humaine est en exil en Occident, elle doit apprendre à gouverner un corps de chair. Aller vers le bien par désir et nostalgie ver l’Orient afin de procéder à son élévation. Anagogê
L’Occident est le monde corporel physique : pauvreté, dépendance, dispersion matérielle, souffrance, mort et oppression. La lumière s’y exprime dans la matière en prenant la forme de beauté. Approche Platonicienne de Sohrawardi.
(4) Narcisse
(5) Le calame intelligence sacrée entre l’homme et Dieu, connaissance du cœur on dit qu’elle provient de l’ange dont elle est l’émanation, roseau taillé qui servait à écrire dans l’Antiquité
(6) Intermonde imaginal où s’exprime l’âme compris entre Donya monde de la réalité Occident, et outre monde Akhira

15:17 Publié dans Chants , Cris | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

je t'invite à participer à notre rallye poèsie, www.lequipedechoc.over-blog.com

Ecrit par : irene | 01.10.2007

Une mer de souffrance et d'espérance, des passages terrifiants cotoient les torrents joyeux , c'est très fort. ..merci Claude.

Ecrit par : Gérard Méry | 02.10.2007

Bonjour chère Claude, c'est toujours d'une telle force ce que tu nous livre, vaste et profond...
Je viens de terminer une lecture dont je ne peux m'empêcher de rapprocher ton texte: Oedipe sur la route d'Henry Bauchau, je l'ai aussi fait lire à Michel... Je suis sûre que ce texte te parlerait, peut-être connais-tu déjà.
Je t'embrasse fort avec milles pensées même si je ne me manifeste que peux pendant cette lourde période de révisions

Ecrit par : Sheedir | 02.10.2007

que dire? tout est beau

Ecrit par : objectif-p | 03.10.2007

Sombre mais fabuleux. J'aime beaucoup l'image du calame. Petite précision le calame ne servait pas que dans l'Antiquité (Moyen-Age aussi) et puis il sert encore aux calligraphes du monde entier, j'en ai un chez moi, c'est très agréable pour écrire.
Merci pour ton com sur Palabras.

Ecrit par : enriqueta | 03.10.2007

Arrachés au cheminement de l'homme
sur des routes humides, boueuses, caillouteuses d'un enracinement hors de l'Ombre

Nous sommes là, à présent, sur l'aplanissement paisible

Mille masques fugaces
Cordes multiples
Bloquent le creux de nos reins
Nos muscles noués
Par le poids du non-Être
Dominant nos souffles
D'Esclaves consensuels

Le Très Vaste Mal
La Très Vaste Douleur
Le Règne du non-Règne
Les maux sans mots à dire

Nous nous portons pitoyablement
Vers notre inéluctable fin
Qui ne sera pas même ardente
Juste une Abrogation

Ecrit par : Nebo | 03.10.2007

Ecrire un commentaire