Èze, l’Amante entre deux Ciels.

07.04.2008 | Èze, l’Amante entre deux Ciels.

L’ensemble des Textes sur le village d’Èze sont dédiés à Madame Clorine Cottier-Abeille


Èze, l’Amante entre deux Ciels.


Lorsque tu te promèneras avec moi, je t’emmènerai voir au sortir de la brume du petit matin comme un mirage émergeant de la pénombre, la citadelle dont l’ombre plonge dans les éclisses bleues de la Méditerranée, l’oppidum sur l’éperon barré.

J’aime cette heure encore légère embrumée de rosée qui porte le pas vers le pic et que le village lové dans les duvets veloutés du ciel, se réveille, miroitant dans le reflet de l’eau parcourue par le présent des étoiles.
Juste avant que le rythme qui règle la course des astres, imprègne les lieux de la douceur solaire et que ma mémoire se glisse de ce que le Liban, ma Phénicie a laissé de traces en ces lieux. Combien sont ils, pris du gout de l’aventure, épris du désir de richesse, prêt à abandonner leur terres et partir à la conquête des mers du monde en suivant comme l’oiseau de feu la course folle du soleil ?
Combien sont- ils à bâtir sur de fiers promontoires loin de Tyr, Sidon, Byblos, et Chna loin de leurs pères du Pays de Poun cachés dans les bras de la mer rouge des bâtisses étagées pour s’élever à l’égale du ciel ?
Mille et plus encore, ont bravé les dangers pour commercer le pourpre et mon cèdre. Répandu le parfum de la myrrhe et du chypre sous le soleil brûlant qui rendait leur peau rouge et desséchait leur sang. Ils ont tissé les toiles entre la mer et la terre, du cabotage au long cours, les frêles conquérants sont devenus les maîtres du pentécontore et fait de leurs comptoirs contenus entre deux azurs des trophées de glèbe s’érigeant vers le ciel.

Ainsi, tel un nid d’aigle, suspendu dans l’éther, s’étage dans le flanc de roche, la pierre sur le roc comme un ostensoir dont le symbole demeure dans la mansuétude du ciel, la consécration victorieuse de la vie et la résurrection de la mort.

Tout, demeure dans les sillons de mémoire et le phénix aux ailes déployées chante en ces lieux la course folle, la langue de feu, lorsque l’amour se consume d’absence et que dans l’éveil contenu, à l’heure où l’aube glisse vers le jour, lorsque l’avènement dissipe le chaos, Isis célèbre le Dieu soleil en la présente demeure et le protège de ses ailes bienveillantes.

Les chants de mer ont des reflets d’or lorsqu’ils parcourent dans le vent l’orbe des vagues et se glissent paresseusement le long de la falaise envoutée par les premiers rayons solaires.

Èze, depuis la nuit des temps s’empourpre dans le voile d’or qui déchire la nuit, s’élève du socle terrestre, puis s’illumine dans la pierre enchâssée par le poids du temps. Au creux de l’intime secret, son cœur bouillonne, une goutte d’or en fusion qu’Osiris désire ardemment et l’astre enlace la citadelle de ses rayons vermeil, jusqu’à ce qu’il se fonde flamboyant dans l’horizon et caresse l’amante sertie entre deux ciels.

Là voilà, tel un joyau dans l’empire du soleil, transfigurée par la grâce de l’Amour, la belle se convoite au fil des ans, des Phéniciens aux Romains et des Romains aux Sarrasins.

Entre mon ami, par la double porte du chemin de ronde, dans l’aube pâlissante arpentons tous les deux les pierres blondes dont chacune recèle les trésors d’histoires mystérieuses. La lumière du levant révèle sur les toits sombres une myriade de points dorés dont chaque fraction de lumière raconte la vie des Ezasques affichée à la poterne comme un message depuis la nuit des temps : « En mourant je renais ».
Du Phénix d’Isis, aux pampres de Bacchus, la volonté de puissance , le désir du dépassement, la force créatrice qui d’un horizon à l’autre, font de la mort un trophée sur lequel la vie s’érige par la connaissance profonde inspirée par les branches du figuier dans les bras de Sophia.

Photographie de la Villa l'Infini à Eze Village

20:30 Publié dans Chez Moi en Méditerranée | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Un lieu baigné de la douceur des paysages ramené d'innombrables marches aux alentours et l'offre à ceux qui y pénètrent.
On y respire la communion avec la nature et l'appel venu du fond des temps.

Ecrit par : Corinne | 08.04.2008

Quelle lumière et quelle beauté !
Un vrai paradis … et en plus une prose écrit avec tant d’âme, tant de poésie.
Vivant loin de ma ville de Vlora, je suis malade. Né et élevé au bord de la mer, loin du soleil et de oléandres, de palmes et du bleu de ciel et de la mer, je suis malade du « mal de méditerranée » …
Et je me réjouis comme un enfant quand je vois la lumière de la mediterranée et quand je lis des écrits que seul eux qui vivons sous une tel lumière (lumière du ciel et de la mer), peuvent l’écrire …
Amitié a toi, Claude !
Simbad

Ecrit par : Simbad | 09.04.2008

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