23.04.2008 | Voyages
Tu voulais me parler d’un voyage ?
A me lire, à m’entendre, à me dire.
Ce que dans mes mots,
Je trace,
D’infini,
De l’infime à l’incommensurable,
Qui je suis, comment je suis dans la soif, d’où je viens ?
D’entendre, de caresser, et de boire jusqu’à la lie,
Cette terre inconnue,
Qui abreuve, enrichit et lie,
Les épis de blés,
Sur des terres desséchées.
Vivre, intensément chaque instant de ce manque,
Presque jusqu’à l’agonie,
Et moi, d’implorer chaque jour,
L’aube de mes ciels,
D’un rayon de miel et de fils d’arcs en ciel,
Tu voulais me parler d’un voyage ?
A regarder le matin l’astre du jour s’élever
Au colophon des plus hauts sommets,
Marcher dans les neiges rosées, des cerisiers japonais,
Traverser l’Amazonie et dormir tendrement dans la canopée,
Voir le char du soleil s'enfoncer dans le ciel,
Contempler du Mont Athos, le bleu infini coupé de voiles immaculées,
Qui me serviront de robes pour mes ailes blanches,
Prêtes à s’envoler.
Me prendre dans tes bras pour me faire danser,
Marcher les pieds nus sous les oliviers,
Traverser les déserts dans des méharées,
Glisser sous des cascades glacées.
Et moi dans mes larmes d’eau douce et mes larmes salées,
J’ai fait tous ces voyages, juste en t’écoutant parler,
Sur mes ailes
Sans ne plus rien penser
Qu’aux couleurs de l’arc en ciel.
Et au Grand Teinturier .
Je rêve à Itaka,
Claude Chatron-Colliet ©Avril 2008
ITHAQUE
Quand tu partiras pour Ithaque,
Souhaite que le chemin soit long,
Riche en péripéties et en expériences.
Ne crains ni les Lestrygons,
Ni les Cyclopes,
Ni la colère de Neptune.
Tu ne verras rien de pareil sur ta route
Si tes pensées restent hautes,
Si ton corps et ton âme ne se laissent effleurer
Que par des émotions sans bassesse.
Tu ne rencontreras ni les Lestrygons,
Ni les Cyclopes,
Ni le farouche Neptune,
Si tu ne les portes pas en toi même,
Si ton cœur ne les dresse pas devant toi.
Souhaite que le chemin soit long,
Que nombreux soient les matins d'été,
Où, avec quels délices !
Tu pénétreras dans des ports vus pour la première fois.
Fais escale à des comptoirs phéniciens,
Et acquiers de belles marchandises :
Nacre et corail,
Ambre et ébène,
Et mille sortes d'entêtants parfums.
Acquiers le plus possible de ces entêtants parfums.
Visite de nombreuses cités égyptiennes,
Et instruit toi avidement auprès de leurs sages.
Garde sans cesse Ithaque présente à ton esprit.
Ton but final est d'y parvenir,
Mais n'écourte pas ton voyage :
Mieux vaut qu'il dure de longues années,
Et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse,
Riche de tout ce que tu as gagné en chemin,
Sans attendre qu'Ithaque t'enrichisse.
Ithaque t'a donné le beau voyage :
Sans elle, tu ne te serais pas mis en route.
Elle n'a plus rien d'autre à te donner.
Même si tu la trouves pauvre,
Ithaque ne t'a pas trompé.
Sage comme tu l'es devenu à la suite de tant d'expériences,
Tu as enfin compris ce que signifient les Ithaques …
_________________________ Konstantin Kavafis
(1863 – 1933 )
Né et mort à Alexandrie d'Egypte. Issu d'une famille byzantine qui quitta le Bosphore pour l'éternelle ville des Lagides. Il est assurément le plus illustre Poète de la Grèce intemporelle. Mais aussi, à coup sûr, le poète ayant le mieux évoqué l'exquise sensualité des furtives amours masculines. Il a su d'un certain quotidien faire de l'Histoire, et ramener l'Histoire à notre quotidien. Il nous a transmis l'antique beauté des profils de bronze. Comme celle, enivrante, des tendres visages de chair. Son œuvre est un vibrant témoignage d'un certain art de vivre millénaire. Hellénistique, Artistique, et si … Sensuel !
19:15 Publié dans Beau | Lien permanent | Commentaires (7)



Commentaires
Beau poème et parfois prendre le larrousse !!
Bonne soirée !
Ecrit par : patriarch | 23.04.2008
Y aller oui, y aller pour nous y rencontrer, âmes modelées de chair et d'eau, de larmes et d'Amour...Je t'envoie un flot de tendresse ma Claude et merci pour tes mots si...teintés de l'Absolu...
Ecrit par : La petite cerise | 24.04.2008
magnifique poème, qui demande à être relu plusieurs fois. Quelle belle photo je
reconnais mon marais poitevin, berceau de mon enfance. Je t'embrasse.
Ecrit par : mamie de sarlat | 25.04.2008
Patriarch:
Merci de ton commentaire.
J'ai cherché pour larousse mais je n'ai pas trouvé de quoi il s'agissait.
Cerise:
Cerise je t'embrasse fort je t'ai répondu sur les eaux vives.
Ecrit par : Claude | 27.04.2008
Françoise:
Bonjour ma tendre mamie. Tu me manques. Tu l'as relu plusieurs fois ?
Nous allons être grand mère et toi arrière grand mère, notre petite Aurore nous fait ce merveilleux cadeau.
J'ai changé la photographie du marais Poitevin qui ne correspondait pas du tout au voyage à Ithaques j'y ai ajouté le Poème de Konstantin Kavavis pour que tu en comprennes mieux la signification
Je t'embrasse petite mère.
Ecrit par : Claude | 27.04.2008
je t'ai déjà dit combien cette poésie me résonnait en moi...
Toute ta douceur et ta force parle ici.
L'occasion aussi de t'envoyer mes plus douces pensées.
Je t'embrasse.
Ecrit par : Corinne | 01.05.2008
Ah! Que j'aime ton invitation au voyage! Tout y est : l'océan, le ciel, le désert, le mystère et l'espoir...Soyons tous des ulysses de la vie!
C'est vrai que tu fais des allusions très culturelles dans tes poèmes mais c'est aussi ce qui en fait leur richesse.
Ecrit par : enriqueta | 02.05.2008